
Les Sources des Orientations
sexuelles
Prolégomènes
Jules Bureau
1 Ce texte constitue un ensemble de principes préliminaires, à mon
livre en préparation : Les sources des orientations sexuelles : le
modèle du vivant
2
Qu’est-ce qu’on a toujours voulu savoir sur les
différentes orientations sexuelles et qu’aujourd’hui2,
on n’ose pas demander?
1. On veut connaître a) d’où viennent les diverses
orientations sexuelles, leurs sources et b)
comprendre ce qui explique qu’une personne
s’oriente (ou est orientée) sexuellement dans telle ou
telle direction et aussi, c) comprendre pourquoi les
orientations sexuelles sont si différentes les unes des
autres: hétérosexualité, pédophilie, homosexualité,
zoophilie, nécrophilie et les autres3, et d)
comprendre le spécifique du désir sexuel humain
c’est-à-dire l’intentionnalité du désir sexuel humain
et de l’orientation sexuelle: qu’est-ce que nous
voulons en désirant sexuellement? e) qu’est-ce qui
2 Aujourd’hui parce que maintenant c’est devenu un terrain glissant, un
tabou, qu’oser questionner les sources des orientations sexuelles. La
rectitude politique impose le silence sur les sources des orientations
sexuelles. Pourtant la recherche tranquille de la connaissance
continue parce que « la vérité parle bas et ne s’éteint qu’elle n’ait été
entendue…. Bien oui, la vérité est en marche et rien ne l’arrêtera.”
3 Toutes ces tendances sexuelles, dites par certains des paraphilies
(euphémismes pour orientations sexuelles) sont en réalité des
préférences sexuelles accaparantes. Une personne aux prises avec
une de ces tendances bien présente obsède et n’arrive pas à porter
son désir sur une ou un partenaire approprié. Par exemple, une
tendance sexuelle au travestisme chez un homme, mobilise tant sa
conscience que son attention qui ne se porte que sur des vêtements
féminins. La conscience de cet homme est habitée par sa tendance
qui obstrue son élan sain vers une plus grande vitalité. Les mêmes
problématiques se retrouvent pour la zoophilie, la pédophilie, et les
autres tendances déviantes de la pleine sexualité.
3
explique que le désir sexuel se reprend toujours et
toujours (et de là, cette répétition fonde une
orientation sexuelle particulière) et qu’il ne cesse
jamais (même s’il est satisfait, même s’il rejoint ou
rencontre son objet-sujet).
2. La réponse4 à la première de ces questions, est
4 Le modèle proposé ici pour expliquer les sources de l’orientation
sexuelle et des paraphilies est une nouvelle manière de penser les
questions humaines difficiles par exemple : les problématiques de la
connaissance et de la liberté, de la science, de la vie, de la spiritualité,
de la thérapie, l’explication et la compréhension de la conscience, les
jeux de la culture et de la nature, et bien sûr, les origines de l’amour,
du désir, du goût de la liberté, les sources de l’intérêt et de bien
d’autres thèmes « dits humains » et subjectifs et difficiles à
comprendre Dans l’élaboration de mes réponses aux questions
soulevées, j’expliciterai ce modèle issu de la philosophie de l’implicite
de Gendlin (voir http://www.diffusion-focusing.org/eugenegendlin.
htm). Je présenterai une conceptualisation de l’implicite en
tant qu’expérience « à la lisière ou à la frange de la conscience »,
expérience qui se situe juste en dessous de la surface de l’attention.
Encore plus précisément pour toutes ces questions difficiles
(présumément selon les penseurs (philosophes, scientifiques,
intervenants) contemporains, qui sont sans réponse, le modèle cognitif
(des unités, des concepts bien ciselés et séparés les uns des autres,
mais fermés, sans mouvement, et sans vie) n’apporte pas la lumière.
En effet, le modèle cognitif des unités pour expliquer les sources des
orientations sexuelles n’est pas très utile. Les réponses se trouvent au
niveau de l’implicite, sur le plan du « tout là » implicite et non dans
ces concepts fermés et situés « dans la tête » à l’extérieur de
l’expérience vivante ressentie. (Pourtant certains tombent encore dans
le panneau soit en cherchant, soit en dénonçant ce jeu des causes sur
le désir sexuel ou en se faisant leur avocat : voir l’exemple des propos
de Michel Dorais (1994) (sans ne rien présenter en réponse) pour qui
la recherche des « causes » de l’homosexualité = une science-fiction).
Il faut donc sortir du modèle cognitif des unités pour expliquer
l’orientation sexuelle et ses sources et pour comprendre les
paraphilies. Je plonge donc dans le modèle de la vie et du
vivant, le modèle du processus (voir Gendlin 2010, 1982, 1987,
Bureau 2002, 2010 : Ma vision de l’implicite).
4
que chez toute personne, les différentes sortes
d’orientations sexuelles et de paraphilies sont
présentes dans le “tout là” implicite. Ce “tout là”
implicite se situe à la lisère de la conscience et de
l’inconscience.
Pour l’illustrer, la figure 1 tente d’imager les zones
des prodromes de tous les désirs sexuels, de toutes
les orientations sexuelles, de toutes les identités
sexuelles, dans l’implicite de l’expérience vivante et
de la nécessité de l’interaction avec le monde (le
milieu, les situations) pour qu’elles s’explicitent.
5
Schéma des intrications implicites de la
sexualité dans l’expérience vivante d’une
personne
_________________________________________
De l’expérience vivante en interaction avec le
monde , une large part implicite inclut
l’implicite de l’identité sexuelle . et des orientations
sexuelles dans ce « tout là ».
Inter action
Vers l’explicitation
Figure 1 : L’intrication de l’expérience vivante
en interaction avec le monde
6
En effet, chez l’être humain, tout est là dans cet
implicite5 et cela bien sûr, d’une façon implicite6, à
5 C’est bien sûr une compréhension implicite, non pas cognitive dans le
sens usuel que l’on connaît, avec des “idées” bien ciselées et séparées
les unes des autres. La compréhension proposée ici est de l’ordre du
ressenti plutôt que du penser. Elle n’est pas composée d’unités
cognitives séparées comme des mots ou des images. Elle est implicite
en ce sens qu’elle n’est jamais tout à fait équivalente à une unité
cognitive, quelle qu’elle soit. Il y en a toujours un excès par rapport à
elle. Elle peut même si elle ne s’approfondit pas ne pas être ressentie
directement par l’attention.
6 Il y a en nous pour tout une connaissance préverbale, une
connaissance tacite (Polynayi, 1966) qui est implicite, mais
authentiquement présente « d’une certaine façon » quel que soit nos
comportements, nos paroles, nos pensées. Nous « savons » ce que
nous vivons dans les situations, nous savons l’impact des « choses »
sur nous, les liens entre les réalités sans besoin de langage, sans
besoin de concepts, sans besoin de compréhension intellectuelle et
cognitive. Nous connaissons plus que ce que nous donnent les
concepts explicites. Nous ne considérons plus ce qui est hors
conscience comme formé d’entités tapies dans un réservoir sombre et
caché. Par exemple, notre relativisme culturel ou autre vient
justement de notre « implicite » et non le contraire. Nous ne pouvons
pas conceptualiser la réalité parfaitement et complètement, mais nous
vivons dans cette réalité et vivre est aussi une sorte de connaissance.
Le langage, la culture, l’histoire tout autant que les concepts se
développent à partir de l’intrication (la complexité, l’embrouillement)
de vivre et non pas l’inverse. L’intrication est aussi une sorte de
mouvement vers quelque étape ultérieure non spécifiée qui
débrouillera une facette du « tout là ». Ainsi le modèle cognitif des
unités séparées, à savoir tenter de trouver des concepts explicateurs
pour expliquer la vie en mouvement comme le désir sexuel,
l’orientation sexuelle, les paraphilies, ne donne rien. Il faut donc en
sortir pour expliquer l’orientation sexuelle et ses sources et prendre le
modèle de la vie et du vivant lesquels suivent le modèle du processus
(voir Bureau : Vivre pleinement 2002). L’intrication de la vie, du désir
sexuel et de l’orientation sexuelle est trop grande pour être captée par
des concepts. Par ailleurs par le modèle du processus, du
mouvement, un éclairage advient sur ces thèmes même si on a
longtemps pensé (les philosophes, et particulièrement les scientifiques
des sciences humaines) que ces aspects importants de l’existence
humaine (tout autant que les valeurs, les sens à vivre, l’amour, la
7
savoir ce qui est dans un certain sens “connu”, mais
pas encore disponible à la pensée réflexive ou à la
verbalisation. Tous les prodromes, les présages, les
“ébauches”, les germes, les “formes” de toutes les
orientations sexuelles ou de toutes les paraphilies
sexuelles non encore manifestes, non encore
explicitées, sont là, dans l’implicite. À la place d’un
concept bien clair d’orientation sexuelle ou de
paraphilie, lesquelles parlent comme des entités, une
nouvelle sorte de “concept”, qui parle d’une relation
– c’est un « étant qui est sa mise en relation » avec
le monde -- habite l’expérience vivante de la
personne. En d’autres termes, être dans une
disposition à ressentir l’implicite des orientations
sexuelles ou des paraphilies est inséparable de la
rencontre du monde7. L’interaction précède le
ressenti et la venue des essences. C’est le
polymorphisme8 implicite de l’orientation sexuelle et
des paraphilies.
spiritualité, le désir et même la vie elle-même) étaient trop vagues et
trop subjectifs pour devenir les objets d’une pensée et d’une réflexion
précises.
7 « Il n’y a pas de séparation entre nous et ce que nous rencontrons »
(Gendlin 2010).
8 Cette affirmation est bien sûr similaire à la “perversion polymorphe”
que, dans la théorie de Freud, l’on retrouve chez l’enfant avant sa
différenciation, avant la différenciation de son identité sexuelle.
Cependant dans mon hypothèse actuelle d’explication des sources des
orientations sexuelles, ce polymorphisme n’est pas explicite, et il
réside dans le “tout là” implicite chez l’adulte, l’adolescent, l’enfant.
L’implicite est suffisamment grand pour abriter de nombreux contenus,
dont certains peuvent sembler contradictoires. Il s’ouvre cet implicite
au moment où il se met en mots, en images et en pensées.
8
3. Pourquoi tous les germes, toutes les “formes”
implicites existent-ils pour les orientations sexuelles
potentielles et les paraphilies d’une même personne?
Parce que tout et chacun de ces prodromes, de ces
ébauches, de ces “formes” peuvent servir à la
personne pour atteindre ce qu’elle cherche: la
vitalité9. Ils se précisent par une certaine
illumination des horizons de la personne vivante. Et
on peut même définir la santé psychique comme
9 C’est la vitalité, la recherche de vitalité, qui est le plus liée à la vie, à
la continuation de vivre, au goût de vivre présent chez toute personne
vivante. La vitalité évoque le pétillement de vivre, le plaisir de vivre,
l’éveil du vivant dans son entièreté. C’est la vive ardeur de vivre, la
manifestation d’un éclat vif de vivre.
Il y a des catégories dans la recherche de la vitalité : certaines
personnes ne se branchent que sur le plaisir, d’autres sur l’amour,
d’autres sur la sécurité, d’autre sur le renforcement de ce qu’ils sont,
d’autres sur se confirmer ou se définir, certaines sur prendre du
pouvoir sur les autres et de nombreuses autres attitudes. Voir
Bureau Jules (en préparation) La vitalité humaine : Définition,
sources et développement
9
étant la vitalité de ce lien implicite- explicite. En
effet, ces “ébauches” servent toutes à vivre et à
continuer à vivre, à ressentir le pétillement de la
vitalité, plus particulièrement à ce qui deviendra du
plaisir sexuel et aussi de la satisfaction personnelle10,
à l’amour, au contentement et aux autres principales
motivations à l’acte ou la relation sexuelle pour vivre
plus. Ainsi ces prodromes du désir transporteront
potentiellement plus de vie, une authentique
continuation de vivre, par le plaisir et la satisfaction,
par un développement de son organisme, et en
somme par une croissance de la vitalité de la
personne. Cet implicite qui sous-tend l’orientation
sexuelle, habite la personne vivante. Et cette
personne vivante cherche d’abord radicalement
l’atteinte d’une vitalité continue et croissante; elle
cherche spécifiquement, grâce à son désir sexuel, un
développement de et par sa sexualité
(particulièrement par la rencontre sexuelle).
Retenons que devant toute réalité, en tout être
humain vivant, il y a un ordre plus fondamental que
les autres. Cet ordre fondamental est lié à la vie, et
à continuer à vivre11. Cette connaissance tacite,
10 Voir Bureau, Jules. 1979. “Satisfaction personnelle et plaisir
sexuel”. Revue québécoise de sexologie, vol. 1, p. 16-25.
11 Vivre est le processus de l’interaction continue de l’organisme (le
corps) avec l’environnement. Ce processus de vivre est une
interaction qui n’a de cesse, une « connaissance » intriquée du monde
qui est validé sans cesse par le fait que nous continuons à vivre. Ce
processus est plus fondamental et plus intriqué que le processus
cognitif de penser.
Nous respirons, digérons, marchons, parlons, conduisons, avons des
relations et ainsi de suite sans des règles explicites, mais inspirés par
l’élan vital. Tous ces comportements et leur direction découlent du fait
que nous vivons. Ainsi pour vivre, nous n’avons pas besoin de règles
10
mais réelle de comment vivre n’est pas le chaos, la
confusion, mais bien un ordre lié à la vie que nos
concepts ne saisissent pas, ou n’enferment pas
facilement dans la logique et le cognitif. Cet ordre se
situe à la lisière floue de l’expérience globale du
point de rencontre entre les processus implicites
(subsymboliques, non formulés) et explicites
(symboliques, formulés). Cette limite est par nature
imprécise. Nous savons que nous sommes en train
de la rencontrer quand nous atteignons la limite de
notre pensée avec une sensation de flou et
d’excitation impatiente qui appelle à aller plus loin12.
Il est vrai que vivre est plus intriqué, plus complexe,
plus compliqué que des concepts et continue aussi
sans les concepts13. Il en est de même des
explicites, pas plus que les plantes en ont besoin pour continuer leur
existence. Le vivant n’est pas un système d’unités juxtaposées, mais
bien un processus et les « choses » du vivant doivent s’expliquer
comme des processus. Aucune partie du vivant ne demeure la même.
Ses parties sont toujours en mouvement et en changement. Et
chaque morceau du vivant est aussi en interaction avec tout le reste
de l’organisme. Vivre est donc vraiment un processus qui ne cesse de
continuer et est une implication continue. Si en marchant par
exemple, la personne est empêchée de continuer, et est brusquement
arrêtée, ou encore si on tente de l’arrêter, de la fixer à un endroit du
processus, elle risque de tomber. En effet, chaque partie de la marche
en implique une autre. Vivre est analogue au désir qui ne cesse
jamais s’il est sain, qui se reprend toujours même après avoir été
contenté. Rien ne l’arrête, ni le grand âge, ni la maladie, ni le refus, ni
le dénie.
12 Voir Lynn Preston
13 Le processus de vivre est une interaction entre l’organisme (la
personne) et le milieu (l’environnement) qui n’a de cesse; c’est une
« connaissance » intriquée du monde qui est validée sans cesse par le
fait que nous continuons à vivre (Gendlin 1987). Il en est de même de
l’orientation sexuelle. Nous la « ressentons » et elle nous guide sans
cesse quel que soit le concept, quels que soient les mots, quelles que
11
orientations sexuelles. Elles continuent et agissent
sans que des concepts soient nécessaires pour les
expliquer. Elles se retrouvent toutes dans
l’implicite14 des individus, à savoir dans cette région
de nous-mêmes qui est informulée, ou dans ce que
je nomme « l’expérience vivante 15» implicite
ressentie. Nous cherchons à prendre en nous cette
l’expérience nouvelle qui est juste à ce moment-là en
train d’émerger à l’horizon de la conscience
immédiate16. Toutes les orientations sexuelles et
toutes les paraphilies sexuelles sont d’une manière
ou de l’autre, au service de la vie. Elles servent, de
façons différentes, à la croissance de la vitalité. Elles
soient les explications que les différentes théories donnent à cette
orientation.
14 Il y a dans tout et en tout, de l’implicite : quand nous parlons, les
mots qui viennent à la suite sans y penser, la continuation du parler,
du langage et des idées et des expressions arrivant, viennent de
l’implicite en nous. Nous sommes même habiles à corriger les temps
de verbe ou notre grammaire selon cet implicite; cette grammaire
profonde serait, à la façon de Chomsky, implicite. La même chose
pour nos attitudes, nos valeurs et aussi les émotions que nous
ressentons devant diverses personnes : tout ça est déjà en nous et
nous guide quand nous interagissons avec elles, de même, quand nous
expliquons nos valeurs, quand nous précisons nos attitudes. D’ailleurs
chaque relation interpersonnelle a sa propre saveur, sa propre
idiosyncrasie qui nous vient de l’implicite de notre expérience vivante
(Gendlin 2010).
En somme vivre le concret de nos vies, dépend fortement de cet
implicite au point où on peut dire que vivre (avec pétillement, avec
vivacité) est vivre avec ce contact avec l’implicite de notre expérience
vivante.
15 Voir Bureau, Jules. Vivre pleinement 2002, et L’irrésitible différence
1994.
16 Être pour Heidegger est toujours être au monde. Alors que ressentir
est habituellement pensé comme quelque chose d’intérieur, ce concept
se réfère à quelque chose à la fois intérieur et extérieur, mais avant
qu’une séparation entre l’intérieur et l’extérieur ne soit faite.
12
prennent des formes grandement différentes parce
que la vie s’offre de toutes ces manières dans le
désir sexuel. Celui-ci, enraciné dans l’identité
sexuelle17 est aussi vaste que la vie et ses formes
sont multiples,18 mais, servent toute la vitalité. Puis
l’identité sexuelle (la féminitude ou la masculinitude
ou une variété de celles-ci) est elle-même plus
implicite qu’explicite. Une personne doit amener son
attention sur la conscience d’abord implicite de
l’identité sexuelle pour faire fleurir cette dernière et
lui laisser jouer son rôle dans l’organisation et la
synthèse qu’elle fera des désirs sexuels, des
orientations sexuelles et des paraphilies. En effet,
nous organisons notre expérience vivante à un
niveau infracognitif, un niveau implicite et là, émane
de l’identité sexuelle, les désirs et orientations19.
17 L’identité est construite par la personne. Il est de notre « essence »
de nous donner une identité et « l’existence, précède l’essence ».
Nous nous faisons exister tel que nous sommes : nous sommes des
créateurs de ce que nous sommes. Nous nous amenons à l’existence.
“A human being is spirit. But what is spirit? Spirit is the self. But what
is the self? The self is a relation that relates itself to itself or is the
relation’s relating itself to itself in the relation.” (Kierkegaard, The
Sickness Unto Death, p. 13
18 La nourriture de l’intérêt (émotion du désir sexuel) pour qu’il
subsiste est la diversité, la variabilité, le changement, le mouvement.
Voir aussi plus bas.
19 L’identité sexuelle colore, précise, organise le désir sexuel et
l’orientation sexuelle et/ou les paraphilies
L’identité sexuelle à savoir ce que je pense, ce que je ressens de moi
(la relation de moi à moi), cherche à s’expliciter dans le désir sexuel.
L’identité sexuelle est à la source du désir sexuel, de l’orientation
sexuelle, de la couleur de l’objet sexuel (les paraphilies)
Identité sexuelle:
1. une intrication faite de plusieurs relations de soi à soi (ou des
relations intriquées de soi à soi)
2. Elle est très individualisée: « chacun insiste sur une ou l’autre
facette »
13
Seuls ses mots à cette identité satisferont le
ressenti, lui feront détendre sa quête et ce sens
vivant se déploiera à plusieurs autres situations.
Comprendre ce qui est, c’est en comprendre la
genèse et le devenir.
Puis dans l’explicite, après l’interaction entre
l’expérience vivante implicite et le monde (le milieu,
la situation) les concepts s’intègrent et se forment;
c’est l’interconnexion de l’identité sexuelle explicite,
du désir sexuel explicite et de l’orientation sexuelle
explicite et du comportement sexuel explicite.
Comportement sexuel
_
Orientation sexuelle
Paraphilie
_
Désir sexuel
_
Identité sexuelle
3. De grands thèmes à négocier dans ce que l’on pense de soi
a) soi, la “gang”, les semblables; b) la différence, l’autre, les autres; c)
l’actualisation; d) la reproduction; e) ce que j’ai à continuer
Et la vitalité! Chacun cherche la vitalité par le désir sexuel, par
l’identification. Dans la région de l’implicite, il y a différents thèmes qui
serviront à la personne à nommer et nourrir son identité sexuelle: « j’ai
une ossature de poulet », “je suis beau, plus beau que les autres”, un
corps faible, maladif, « je suis gros et laid », une crainte et insécurité
devant la différence, une passivité, une dépendance. Une personne
établit alors une rencontre avec des ressentis de ce implicite et ces
ressentis colorent son identité et conséquemment affectent son
orientation sexuelle et ses paraphilies.
14
En conséquence toutes les orientations sexuelles
étant présentes de façon implicite chez la personne,
personne ne peut mépriser ou mettre en distance ou
condamner les autres formes parce tous les présages
sont bien du vivant et habitent chacun de nous
implicitement20. À certains moments, ces
20 De ce contact aussi, nous pouvons ressentir du dégoût pour
plusieurs prodomes, présages qui deviendront des désirs sexuels
explicites et des orientations sexuelles chez d’autres. Répétons-le, le
dégoût fondé lui aussi sur la protection de sa vitalité, sur le besoin de
la vie de se protéger de ce qui peut la contrarier, la diminuer, la
détruire. Par le dégoût, l’organisme rejette corporellement ce qui
contrarie la vie de l’un, ce qui l’empêche de continuer telle qu’elle est
en cette personne précise. Ainsi ce dégoût et ce rejet de ce désir
parce qu’il détruirait le corps, diminuerait la personne, ou
l’empêcherait de s’actualiser.
15
orientations sexuelles ou paraphilies peuvent prendre
aux tripes, ou pincer le coeur, ou brouiller l’esprit.
Dans ces moments-là, l’implicite est inévitablement
explicité. Il est devenu, réellement, impérativement,
là, présent. Nous pourrions presque toucher les
rivages aux intrications multiples et complexes de ce
vaste savoir implicite.
4. Les différentes orientations sexuelles et toutes les
paraphilies, ces diverses “formes” de l’élan vers la
vitalité, peuvent apporter à la personne, selon ce
qu’elle est (son identité21), ce que donne la sexualité
humaine et l’érotisme humain, à savoir: le plaisir, la
sécurité, la confirmation de l’identité, le
rapprochement, l’intimité, l’évitement de l’isolement,
et bien d’autres avantages vitalisants, même si la
21 C’est par l’identité qu’advient le sentiment d’appartenance et par
cette intégrité personnelle du self ou de la capacité de donner un plein
consentement à l’autre (objet-sujet); cela permet de dire: “ça c’est
moi et je suis engagé et embarqué dans ce que je fais”.
16
plupart de ces exercices de la sexualité et de
l’érotisme ne permettent pas la reproduction à
savoir, la continuation proprement dite de la vie. En
effet ce sont alors d’autres formes de vie (différentes
de la reproduction des organismes) et d’autres types
de vitalité,22 mais tout autant enracinées dans nos
22 Les personnes sont différentes dans leur chemin vers la vitalité et
diverses formes de vitalité les intéressent. Cette diversité s’explique
par les multiples formes de la vie qui suscitent l’intérêt; par exemple
les multiples et diverses formes de fleurs augmentent l’attention qu’on
leur porte. Cette multiplicité fait en sorte qu’on ne risque pas de
s’ennuyer et d’éteindre l’intérêt par lassitude de la répétition de
toujours la même fleur. Quoiqu’une fleur n’a pas la même vitalité et
les mêmes possibilités de différenciation qu’une personne humaine!
Pourtant nous avons du soin pour les différentes sortes de fleurs et
nous tentons de préserver tant leur continuité que leur diversité. En
conséquence, la continuité des fleurs est assurée par leur diversité.
Les personnes humaines sont elles aussi différentes les unes des
autres et même très individualisées. Cette diversité et cette
individualité assurent l’intérêt et le soin pour elles et fondent ainsi leur
continuité. En somme, retenons que c’est la biodiversité qui assure le
développement durable à savoir la continuation optimale de la vie.
Encore plus précisément, la vitalité chez l’humain prend différentes
formes parce que nous les humains sommes très individualisés (les
plus individualisés de tous les êtres vivants) même si nous avons des
traits communs, celui d’être d’une race (nous sommes blanc, noir,
jaune, etc.) et que nous avons la même biologie, la même
morphologie générale et bien d’autres généralités. Mais notre très
grande individualité rend chacun de nous précieux, puisqu’au fond
nous sommes seul de notre « espèce », de notre « nature » d’une certaine
façon. Or pour que la vie des humains puisse continuer, que cette vie
individualisée puisse continuer, il est pris en compte dans notre
développement que nous sommes fragiles et que cette fragilité doit
être protégé par l’ensemble de l’humanité. Donc chaque vie humaine
est précieuse parce qu’unique. De là, la vie humaine prend plusieurs
paraîtres, plusieurs “visages” et de si nombreuses formes, et de là,
nous sommes soucieux de continuer. Notre individualité nous rend
précieux.
En résumé, la variété des formes qui suscitent la vitalité s’explique par
le fait que la vie cherche à continuer. Pour continuer, il importe que
ces différentes formes soient précieuses et de là, protéger et même
17
corps qui sont recherchées par la personne qui
désire.
5. Les orientations sexuelles et les paraphilies, ces
élans vers la vitalité, diffèrent donc selon leur objetsujet23
dans leur apport à la vitalité et sont à mettre
en hiérarchie selon les horizons humains qu’elles
prennent en compte, à savoir les développements
qu’elles permettent à la conscience, à la liberté, à la
encourager à continuer. Elles le sont. L’astuce que la vie a pris pour
favoriser sa continuation fut de rendre le plus individuelle possible,
chacune de ses formes et de là, amener l’humanité à protéger ces
diversités et ces variétés
23 voir Bureau, Jules 2007. Le désir sexuel : un modèle.
http://www.psycho-ressources.com/bibli/desir-sexuel.html
18
conquête du sens de l’altérité, à la congruence avec
soi-même et à l’authenticité, au développement de
l’empathie et à la croissance des autres grandes
dimensions de l’humain24.
6. Or pour la plupart des êtres humains, de toutes
les “formes” (présages, prodromes…) implicites
d’orientations sexuelles et de paraphilies présentes,
une seule (ou quelques-unes seulement) orientation
sexuelle s’explicite. Qu’est-ce à dire? Cela veut dire
que cette orientation sexuelle prend alors la pleine
forme disponible, elle se ressent dans l’expérience
vivante par le sens vivant de la personne25 et elle
24 La sexualité humaine exige par ses caractéristiques (fragilité des
personnes dans leur nudité, intimité de la rencontre, vulnérabilité des
personnes en désir sexuel, intégration de la conscience et force des
émotions comme l’amour, la jalousie, etc.) un cadre bien particulier
d’intimité, de sécurité, de qualité humaine. Tout ce qui va à l’encontre
de ces caractéristiques (comme le voyeurisme, le frotteurisme,
l’exhibitionniste, la sadomasochisme et les autres) constituent des
désordres (ce qui va à l’encontre de la vison pragmatique des
reviseurs du DSM V) qu’il importe de prévenir, de corriger s’ils existent
même si elles émanent toutes de l’implicite de la personne. (voir aussi
les numéros 7 et 8 du texte plus bas)
25 Nous pouvons rejoindre la connaissance implicite de notre
orientation sexuelle sans les mots par un feeling [en ressentant].
Ainsi en ressentant, nous « savons » de façon fondamentale et
radicale, ce que nous désirons, ce que nous aimons, ce que nous
faisons, pourquoi nous le désirons, le faisons, comment sont les
choses et les situations « sans avoir besoin de mots ». L’implicite
est une connaissance qui passe par le corps. Quand nous
écoutons le sens vivant, notre corps enregistre les zones des
significations complexes et inorganisées. Répétons-le, cette
connaissance « préverbale » est partout implicite dans tout ce que
nous sommes ou dans tout ce que nous désirons, faisons. Nous n’en
sommes pas toujours conscients parce que nous sommes occupés, à
savoir notre attention est occupée par ce qui se déroule à la
surface, dans nos comportements, dans ce qui est à la périphérie. Par
19
fonde l’élan vers le sujet-objet sexuel. En effet,
toute personne en contactant son expérience vivante
et, le sens vivant qui en émerge, recherche la
vitalité. Or insistons sur ce thème: le chemin pour
contacter son expérience vivante, pour en faire
émerger le sens vivant, c’est de ressentir26. Et c’est
la voie qu’emprunte l’orientation sexuelle explicite27.
exemple nous conduisons nos autos tout en conversant avec notre ami
sans vraiment savoir explicitement comment nous faisons pour
conduire, les détails de ce que nous faisons puisque nous sommes
occupés par la conversation, par la route devant nous, par ce qui se
passe sur la route. De la même façon, nous nous intéressons à telle
ou telle personne sans savoir à la surface de notre conscience, dans
notre attention ce qui explique cet intérêt, ce désir. Mais nous
« savons » clairement [nous ressentons] notre intérêt ou notre désir
pour cette personne.
26 Einstein l’avait constamment ce ressenti de la relativité et cela
pendant 15 ans ce feeling l’habitait avant de la concevoir
cognitivement comme formule.
27 L’implicite, c’est à la fois « déjà » et « pas encore ». Nous en sentons
l’impact, et pourtant sa nature et son message restent ambigus. C’est
comme le vent. Nous le « sentons », mais nous ne le « voyons pas ».
Nous sommes dedans, ce n’est pas simplement quelque chose, un
contenu, c’est un ressenti palpable, de nous-mêmes et du champ
intersubjectif dont nous faisons partie.
20
7. La personne peut aussi dans son ressenti
rencontrer l’ébauche du dégoût d’une orientation
sexuelle ou d’une paraphilie lorsqu’un concept ou
même l’ébauche d’une autre orientation sexuelle que
la sienne est proposé. Elle éprouve alors, elle
ressent corporellement la répugnance qui lui fait
carrément rejeter ce qui est proposé ou
conceptualisé. Le corps ne prend pas la forme
suggérée. Il la ressent dé-vitalisante, diminuante de
sa vitalité. Le corps est le lieu d’interaction entre ce
qui se met en mots et ce qui se met en images et
l’implicite. Il agit comme un radar branché sur le
niveau implicite28.
Pour la plupart des gens, certains désirs sexuels
28 Voir Lynn Preston (2009). Dans son article de 1992, « La Primauté
du Corps », Gendlin parle du corps comme d’une «information
environnementale ». « Essayons de penser le corps vivant », dit-il,
«comme information et nouveauté ».(Voir aussi Bureau 2002)
21
peuvent susciter le dégoût et la répugnance et cette
tendance est alors perçue comme perverse. C’est
ce que ressentent certains quand on suggère la
rencontre sexuelle avec un animal, avec un cadavre,
avec un enfant, ou le viol de l’intimité si précieuse
d’une personne. Certaines personnes éprouvent le
même dégoût devant une rencontre érotique avec
une personne de leur sexe et d’autres, avec une
personne de l’autre sexe: ces possibilités suscitent
du dégoût (l’envers du goût). Or pour retrouver les
sources de ce dégoût, il importe d’entrer en contact
avec sa “connaissance implicite” et mettre en
attention, ce qui suscite ce ressenti qui va à
l’encontre du goût de vivre, de la vitalité et qui éteint
l’élan de la personne vers la vie.
8. Pourquoi tel prodrome implicite s’explicite plutôt
qu’un autre? La “forme” qui s’explicite est selon ce
qu’est la personne (“Je désire comme je suis”) et
selon qui est l’autre (son objet-sujet) qu’elle désire
et qu’elle recherche par son orientation sexuelle29.
29 L’implicite est trop compliqué, trop intriqué pour que nous le
traduisions facilement en mots, pour que nous le « comprenions » tout
de suite (tout de go). De là, nous avons tendance à le laisser de coté.
Imaginez tenter d’expliquer à quelqu’un au téléphone comment
conduire une auto. Pourtant nous « savons » bien conduire une auto
(par exemple quand changer de voie sur une autoroute à grande
circulation avec des centaines de véhicules en mouvement autour de
nous). Cette conduite de l’auto est en nous de façon intriquée : nous
la « sentons »; nous la ressentons et nous en avons un feeling. Il en
est de même de ce qui nous plaît, de ce qui suscite notre intérêt ou
notre amour pour une personne, de même que ce qui suscite le dégoût
et le rejet. Les authentiques « feelings », ressentis (non pas
seulement le contact avec ses émotions, mais le contact avec son
expérience vivante) contiennent de grande quantité d’information,
22
Plus précisément, le ressenti que l’on éprouve dans
un désir sexuel est bien sûr fait de notre présence là
qui focalise quelqu’un et ce quelqu’une devant nous
soulève une gamme de possibilités (une interaction
organisme-milieu). Notre présence ressentie est
bien sûr une conscience de notre identité sexuelle,
une attention à nos différentes émotions intriquées
dans ce « juste-là », des souvenirs, des espoirs et ce
tout-là en interaction avec l’autre qui au départ est
inactif30 ou se déplaçant en mouvements corporels
ou en mouvements faciaux, ou en paroles31 ou en
gestes, lesquels accentuent l’interaction avec la
présence « juste là ». Une interaction ressentie
personne-objet(sujet) ou identité-altérité dans la
situation : voilà le désir qui résulte de l’orientation
sexuelle.
mais celle-ci n’est pas conceptuelle (des concepts mis en ordre), mais
ressentie et en mouvement (le processus du vivant).
30 La séduction de l’autre qui deviendra chez la personne humaine une
recherche du consentement de l’autre comme individu par le désirant,
comme individu. Lorsqu’il y a une rencontre dans ce contexte, il y a
une possession mutuelle où chacun se donne à l’autre.
31 « La parole est la formulation de ce que l’on comprend ou connait,
mais cette formulation n’arrive pas d’emblée lorsque nous essayons de
dire ce que nous sentons.” Heidegger dans Gendlin 2010.
23
9. Ainsi, c’est par son sens de l’identité sexuelle que
la personne, compte tenu de ce qu’elle est, va
chercher l’altérité (le différent d’elle) en une autre
personne (un autre sujet) ou se construit un objet en
correspondance avec ce qu’elle est. L’identité
sexuelle d’une personne émerge de son identité
humaine qui se fonde sur les données humaines
fondamentales: la rationalité, la conscience et
l’intentionnalité. C’est ce qui caractérise notre
condition humaine. L’identité précise les frontières
de l’altérité32. De là, l’orientation sexuelle s’installe:
32 Il est étonnant que baignant dans une même culture, avec les
mêmes influences, les plus semblables possible, comme peuvent
connaître deux frères d’une même famille, les résultats (« l’orientation
24
par exemple, celui qui se ressentant homme et
pleinement homme cherche l’autre, la femme la plus
pleinement femme, alors que celui qui se ressentant
en manque de masculinitude cherche en l’autre, un
homme plus pleinement masculin, ou encore celui
qui est en manque de sécurité dans son identité
sexuelle, cherchera un autre plus enraciné dans son
identité sexuelle et ainsi, pour plusieurs autres
formes d’identité-altérité.
10. En plus de l’ébauche de l’identité sexuelle, de la
quête de l’altérité, d’autres données se ressentent
plus particulièrement dans l’implicite du désir sexuel
humain (dans la recherche d’intimité et de chaleur
humaine partagée) et certaines balises existent dans
l’explicitation des désirs sexuels (et des orientations
sexuelles) compte tenu de notre “nature humaine”.
Qu’est-ce à dire? Dans le “tout là” implicite, loge
aussi les fondements des caractéristiques
existentielles de notre humanité (finitude, solitude,
liberté, corporéité) qui interagissent (et
interaffectent) avec le désir sexuel. De là tout désir
sexuel humain en plénitude a une intentionnalité
individualisante dans son implicite. Cela veut dire
que toute personne humaine en contact avec
l’implicite de son expérience vivante cherche par son
désir sexuel un individu et le désire comme individu
sexuelle des deux frères ») soient si différents. La raison : ils
rencontrent leur implicite différemment. Ils utilisent leur implicite avec
plus ou moins de contact. Par exemple, l’un rejoint ainsi par son
ressenti les influences de ses ancêtres bretons, mais l’autre ne plonge
pas autant dans ce ressenti. C’est le ressenti qui différencie, et encore
plutôt le contact avec le ressenti.
25
et veut être désirée comme individu33. Cette
individualisation dans son désir loge dans l’implicite
et se ressent pour qui fréquente son expérience
vivante et avant que ce désir ne se soit explicité.
Ainsi par cette réciprocité et même cette nontransférabilité34
(“C’est elle et pas une autre! C’est
moi et pas un autre”), elle s’attend aussi à une
croissance de ce qu’elle est35, elle-même, par la
rencontre d’un autre organisme-conscienceintentionnalité-
individualisante. L’être humain
ressent dans son implicite ébauche de désir sexuel,
des chemins vers des grands thèmes de son
humanité: un désir de rencontrer et de s’illuminer
par la beauté, un désir de se solidifier par la force de
l’autre ou de se reposer sur la sécurité donnée par
l’autre, un désir de raffiner sa conscience par la
fréquentation la plus authentique possible d’une
autre conscience, le soin pour la créativité et
l’autocréativité et bien d’autres36. Et tout cela se
33 Ce qui n’est pas le cas avec les animaux. Ils ont des instincts
sexuels et des plaisirs sexuels qu’ils poursuivent, mais ils n’ont pas de
désir pour l’autre individu. En rut, ils vont vers tout congénère, la
plupart du temps de l’autre sexe.
34 Plus la personne est pleinement présente comme objet-sujet du désir
du sujet désirant, moins la transférabilité n’est possible. Elle devient
irremplaçable. Et si l’objet-sujet du désir est réduit à une partie d’elle,
par exemple à son pénis, plus elle est remplaçable par un autre objetsujet.
35 Le désir sexuel sert aussi à compléter l’identité, le self, pour
l’épanouir parce qu’il cherche à partager cette identité la plus pleine
possible avec l’autre. Il faut être plein pour rencontrer la plénitude du
sujet de l’autre.
36 Comme objectif le plus élevé de cette rencontre, la sexualité
humaine habitée par la conscience, quelle que soit son orientation,
demande que la personne s’y engage avec tout son être, toute sa
personne.
26
joue dans l’expérience vivante bien et longtemps
ressentie et nommée du désir sexuel.
11. Plus particulièrement qu’est-ce ce contact avec
son expérience vivante? C’est par le contact ressenti
avec soi-même qu’on prend en conscience nos
besoins, nos manques, nos carences d’être et
conséquemment ce qui nous “intéresse” pour
répondre à ces besoins ou pour combler ces carences
et ces manques. En ressentant, nous faisons naître
les frontières de nos besoins et nous faisons naître
aussi la réponse à ces besoins. Il en résulte que
nous mettons en conscience, en attention aussi, ce
que nous voulons comme sujet-objet de notre désir.
Toutefois l’organisme profite des pauses dans le
désir pour s’énergiser37 lorsqu’il n’est pas à faire
37 Par exemple, le cerveau s’énergise quand la personne roupille et
qu’une mouche vient se déposer sur son bras : d’un coup et
27
autre chose. Cette dimension peut se travailler en
thérapie38.
12. Compte tenu de la nécessité de mettre en
conscience et même de rendre à l’attention ce que
nous sommes (identité) pour identifier ce qui nous
intéresse pour augmenter notre vitalité, nous avons
tous la responsabilité de nous nommer (nommer, au
sens plus large du terme implique toujours un
surplus de signification), de contacter par le ressenti
notre expérience vivante, de préciser avec le plus de
conscience possible ce qui nous vitalise (nos goûts,
nos besoins, nos intérêts) et de là, ce que nous
désirons. Certains refusent de se nommer39 et de
nommer l’autre et font reposer ce qu’ils sont et ce
qu’est l’autre sur les “hormones” ou sur les autres,
sur les attentes sociales, sur les conditionnements
divers. Se construisent ainsi toute une panoplie de
misères de l’identité sexuelle40. Cette dimension
rapidement, il prend le journal sur ses genoux et v’lan un coup de
journal sur la mouche! C’est juste, précis et énergique. Il y a eu
comme une mobilisation de toute la conscience, de tous les plis d’un
implicite pour que cela soit aussi dextre : il doit tout prendre (l’endroit
du journal, la façon de le prendre, l’approche minutieuse, le coup sec
et précis etc.) de l’implicite pour être efficace.
38 La continuation en thérapie, tout comme la continuation dans la
démarche de vivre, se fait en plongeant de plus en plus dans son
implicite pour trouver ses réponses et avancer sa propre vitalité. La
psychothérapie est alors un nouvel «inter-être», une nouvelle
appartenance, une nouvelle façon d’être vivant.
39 « Une vie non examinée ne faut pas la peine d’être vécu » Socrate
40 Telle identité, telle perception des situations et de la réalité! Ainsi
est le pouvoir de l’identité! Elle nous fait changer notre façon de
parler, de rencontrer la réalité: une identité qui change, change notre
rencontre des situations! Puis c’est par l’empathie et non par les
explications que l’on rejoint la perspective d’une personne en mal de
son identité. L’écoute empathique peut être la voie royale qui mène à
28
peut se travailler en thérapie41.
13. En somme chez toute personne, toutes les
orientations sexuelles potentielles et toutes les
paraphilies sont possibles (par exemple
hétérosexualité, pédophilie, homosexualité,
héphébobilie, zoophilie et les autres), mais elles
l’implicite d’une personne.
41 Les personnes qui croient que le monde tourne autour d’eux
(autocentrisme), considèrent que les yeux de tout le monde sont fixés
sur eux: donc ils sont très “self conscious” (comme le millepatte qui
pensent à chacune de ses pattes pour marcher finit par entraver sa
marche). Ils se construisent une audience imaginative: tout le monde
les regarde. Pourtant dans la recherche d’une identité, la personne va
souvent à l’encontre de répondre aux attentes des autres. Elle doit
prendre appartenance (ownership) en elle-même, appartenance (voir
Bureau, 2002: Vivre pleinement, chapitre trois) de ce qu’elle
intentionalise, veut et décide et d’une certaine façon, elle est seule
pour le faire. Sinon elle croule dans la confusion des rôles (“Je ne sais
pas qui je suis, ce que je veux, ce que je désire; je ne sais que ce que
les autres (mes parents, la société) désirent pour moi”).
En effet l’identité peut être diffuse, confuse, en attente (sans
engagement), “forclosure”. L’identité foreclosure: c’est celle de ceux
qui ne font qu’imiter les autres, par exemple les parents dans leurs
attentes; ces personnes ne rencontrent pas de crises (voir Bureau,
2008); elles s’arrangent pour se conformer: leur identité, c’est la
conformité. Elles ne sont que l’extension de ce que les autres leur
disent d’être. Ce que vraiment elles sont et veulent c’est le forclosure.
Puis il y a l’identité diffuse de certaines personnes: pour elles, il n’y a
pas de crise, ni d’exploration et pas plus d’engagement. Ces
personnes vont au jour le jour, elles sont justes sur le moment; il n’y a
pas d’avenir. Elles n’ont aucune idée de ce qu’elles veulent être. Elles
ne sont pas “concernés” et se promènent dans la vie comme les
situations les conduisent. Si elles sont souvent anxieuses, elles
tentent de le camoufler. Puis celles qui conquièrent leur identité
(identité conquise). Elles ont exploré diverses formes d’être et elles
ont vécu des crises, souvent une majeure; puis elles se sont engagées.
Elles sont habituellement très motivées, à savoir qu’elles ont des buts
et des plans pour rejoindre leurs buts. Elles croient, et valorisent ce
qu’elles sont et ont un sens de la direction à suivre dans leur vie.
29
logent sous “forme” implicite (présage, prodrome) en
elle. La personne peut facilement rendre explicite un
ou quelques-uns de ces présages implicites: les
ressentir, les fantasmer, les organiser, les
conceptualiser. Et particulièrement elle peut déceler
dans ses ressentis, ses particularités humaines:
intentionnalité individualisante, réciprocité, altérité.
14. La mise en explicite d’une orientation sexuelle
ou d’une paraphilie ne fait pas disparaître les autres
ébauches, les autres prodromes implicites. En effet,
les autres orientations potentielles ne disparaissent
pas dans leur potentialité d’être ressenties, mais
elles demeurent implicites et la personne peut
toujours par le ressenti, y accéder (ou pour la rejeter
par dégoût ou la densifier par goût latent). Toutefois
leur non-explicitation a l’avantage d’entraîner de
l’énergie pour l’orientation conquise ou choisie.
15. En conséquence, toute personne en investissant
l’ébauche de son désir sexuel en plénitude humaine,
fait taire certains de ces prodromes émergents,
potentiels. En effet compte tenu de son humanité,
et compte tenu aussi de l’intégration de cette
personne dans une culture, dans une société, dans
une tradition, elle choisit son désir et son orientation
sexuelle. Pour faire taire les autres orientations
possibles, elle doit entre autres choses, ressentir42,
42 Dans ce fin ressenti, elle a des chances de sentir émerger du dégoût
pour telle ou telle forme d’orientation sexuelle. Ce dégoût (voir plus
haut les explications) résulte de l’étrangeté et le non approprié de
cette orientation avec la vitalité du sujet. Ce sujet, son identité,
rejette cette orientation comme risquant de faire disparaître ou de
diminuer sa vitalité.
30
et aussi rediriger son élan vers ce qu’elle veut
vraiment et explicitement et qu’elle est prête à
assumer. Cette redirection énergisera son
orientation majeure. Par exemple, un homme adulte
doit rediriger son élan vers la femme adulte [en
travaillant sa perception (la plus pleine possible de
celle-ci), son imaginaire (le plus vitalisant possible
de son élan vers elle) et ses ressentis corporels
devant la femme (les plus fins et subtilement
différenciés possible)] plutôt que de demeurer
imprécis, flou, mou, divisé dans son identité sexuelle
en laissant son élan amorphe et «mollasque» et
vibrer de désir pour par exemple une petite fille.
Cette dimension peut se travailler en thérapie.
31
16. Et pourquoi le désir sexuel continue et se
reprend même après avoir été satisfait une première
fois? Il reprend et reprend parce que toute
interaction organisme-milieu, particulièrement chez
le vivant humain, est toujours nouvelle. Ce désir est
toujours neuf d’existence: il n’existe jamais comme
même. Pourquoi? Parce que le “tout là”, implicite
dans l’expérience vivante est d’une telle richesse,
tout comme la situation toujours renouvelée dans
l’interaction avec l’environnement est d’une
abondance de caractéristiques. L’organisme du
désirant et l’interaction avec l’objet-sujet de son
désir, est changé par chaque contact effectué et
n’est plus le même tout comme l’objet-sujet désiré
n’est plus le même. C’est un nouveau désir qui naît
parce qu’il y a une nouvelle personne, un nouvel
objet-sujet d’une certaine façon. Le désir sexuel sert
la vie du désirant et celle du désiré. Or la vie de l’un
et de l’autre continue toujours puisque le désir est
un vivant qui fournit de la vie au désirant et au
désiré. Chaque désir sexuel est unique et nouveau
et ne reviendra jamais comme il est s’il prend toute
son existence.
32
17. En somme, comment résumer les réponses aux
questions soulevées au numéro 1. Ces questions:
a) d’où viennent les diverses orientations sexuelles
et b) comprendre ce qui explique qu’une personne
développe telle ou telle orientation sexuelle et c) ce
qui justifie que les formes diffèrent et pourquoi des
formes si diverses, et d) quel est le spécifique du
désir sexuel humain, e) pourquoi le désir ne cesse
jamais. Les réponses sont: A) Elles sourdent de
l’implicite à la source de la vitalité d’une personne
(toute personne est implicitement polymorphe dans
ses orientations sexuelles). B) Toute orientation
sexuelle devient une voie pour vivre, pour obtenir du
plaisir et de la satisfaction, dans la recherche de la
vitalité, de la croissance de la vie43. Et cette voie, ou
43 Gendlin confronte la théorie de l’évolution selon Darwin en précisant
que dans des conditions stressantes, les organismes participent
activement à leur propre évolution. Il critique ce dernier en soulignant
que la vie n’a pas évoluée seulement passivement et/ou de façon
33
cette orientation sexuelle est préférée selon l’identité
de la personne. C) Leur multiple diversité ne
contrevient pas à leur fonctionnalité et se fonde sur
la diversité des formes de ce qui procure la vitalité.
D) Le désir sexuel humain est informé d’une
intentionnalité individualisante et cherche la
réciprocité et la non-transférabilité . E) La répétition
et la continuité du désir sexuel (fondement de
l’orientation sexuelle) s’expliquent par le processus
de la vie et de l’implicite, et par l’unicité de chaque
désir sexuel.
Et en bref, à titre de conclusion,
des phrases guides de tout ce
document
Chez une personne humaine, toutes les orientations
sexuelles et toutes les paraphilies sont (naissent,
reposent, se forment) dans son « tout là » implicite :
polymorphisme implicite des orientations sexuelles et
des paraphilies.
Les orientations sexuelles et les paraphilies qui
s’expliciteront ultérieurement commencent par se
condenser par et autour du prodrome de l’identité
sexuelle, elle aussi encore implicite.
mécanique. Il soutient que plusieurs autres mécanismes sont
impliqués dans le développement de la vie.
34
L’identité sexuelle implicite s’agrège à partir de
données spécifiques, différentes et particulières
d’être un homme (un garçon), une femme (une fille).
La motivation de cet agrégat, l’identité sexuelle
implicite, est la recherche de vitalité, et cette
recherche est l’élan du désir sexuel, de l’orientation
sexuelle et des paraphilies.
Selon cet agrégat de l’identité sexuelle, la vitalité
prend diverses formes : le plaisir spécifique, la
confirmation de ses caractéristiques, l’amour, la
protection, la sécurité, l’attestation de qualités
espérées, telles la beauté, l’apparence masculine, la
quête d’un sens à vivre et aussi des exagérations
comme la primauté de sa beauté sur toutes les
autres beautés, même souci pour son intelligence,
être le meilleur, le souci et l’ultra soin pour son
paraître exceptionnel, une fixation sur soi-même de
son énergie vitale, la captativité du regard de l’autre,
l’admiration de l’autre, etc.
Selon ses horizons humains, la personne établit une
hiérarchie entre les diverses formes de la vitalité
qu’elle recherche et conséquemment, entre les
différentes orientations sexuelles et paraphilies.
Compte tenu de l’apport de son identité sexuelle,
une seule (ou quelques-unes seulement) des
orientations sexuelles et des paraphilies est investie
et explicitée par une personne.
35
C’est par le ressenti, le sens vivant que la personne
arrive à extraire de l’implicite son orientation
sexuelle et ses paraphilies tout comme elle le peut
en « ressentant » connaître ses goûts, ses manques
et ses carences d’être.
Le spécifique humain d’un désir sexuel et d’une
orientation sexuelle repose sur l’intentionnalité qui
fonde son élan individualisant en quête de réciprocité
et à la recherche de la non-transférabilité.
Toute personne a la responsabilité de se nommer, de
s’identifier sexuellement.
La répétition et les reprises sans cesse du désir
sexuel repose sur l’unicité de chaque désir comme
apport à la vitalité de la personne.
L’interaction de l’expérience vivante implicite de
l’identité sexuelle et de l’orientation sexuelle implicite
avec le monde (le milieu, la situation) est nécessaire
à l’explicitation d’une orientation sexuelle.
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Socrate
http://www.dicocitations.com/auteur/4159/Socrate.p
hp